Nouvelles sur les méfaits de Bongo


Changement de directeur général à la compagnie nationale Air gabon

LIBREVILLE, 10 avr (AFP) Un nouveau directeur général, Dieudonné Mfoubou Moudhouma, a été nommé à la tête de la compagnie nationale Air Gabon, en remplacement du commandant René Morvan, a-t-on appris samedi auprès de la compagnie. M. Mfoumbou Moudhouma était précédemment conseiller technique du ministre des Transports et de l'Aviation civile, après avoir déjà passé plusieurs années à des postes de direction à Air Gabon où il était entré en 1979. Il avait notamment occupé les postes de chef de service des opérations aériennes, de chef de division des transports et des exploitations, de directeur adjoint de transport et d'exploitation, et de directeur à la direction générale. Agé de 47 ans, le nouveau D.G. est ingénieur en aviation civile et titulaire d'un diplôme d'études supérieures d'administration d'entreprise obtenu en 1975 après des études supérieures à l'Ecole de l'aviation civile de Toulouse (France).

M. Mfoumbou Moudhouma entend notamment s'attaquer aux problèmes de trésorerie de la compagnie, aux conflits sociaux, aux "effets induits de la libéralisation du transport aérien" sur les réseaux internationaux et domestique. Il souhaite également avancer le dossier du rajeunissement de la flotte surle réseau intérieur, a-t-on appris de même source. De son côté, M. Morvan qui était D.G. depuis février 1994, a été "promu président du conseil d'administration de la compagnie". M. Morvan a rappelé qu'après plusieurs années de difficultés, Air Gabon a pratiquement rétabli son équilibre d'exploitation en 1997, avec un chiffre d'affaires en hausse de 26%, à 83,5 milliards de fcfa (835 millions ff) et un résultat net déficitaire de 97 millions de fcfa (970.000 ff). Air Gabon avait transporté en 1997 481.436 passagers et 16.539 tonnes de fret.

Les raisons du départ de M. Morvan n'ont pas été précisées, mais les observateurs remarquent qu'elle intervient deux mois après que la Cour administrative gabonaise ait annulé le licenciement collectif de 43 hôtesses de l'air opéré par M. Morvan en 1996.


Un collège bilingue tente de réinsérer les émigrés équato-guinéens du Gabon

LIBREVILLE, 9 avr (AFP) - Sans financements extérieurs et avec de meilleurs résultats chaque année, un collège bilingue, privé et laïque de Libreville relève depuis quatre ans le défi de réinsérer culturellement les jeunes équato-guinéens, l'une des minorités immigrées les plus dédaignées au Gabon. Le "Collège franco-hispanique", une assemblée de bâtiments modestes dans un quartier populaire, accueille 767 élèves, avec un jardin d'enfants, les six classes du primaire et les trois premières classes du secondaire. Celles-ci sont réparties en deux sections, l'hispanique, de loin la plus nombreuse, calquée sur le système équato-guinéen hérité de l'Espagne, et la française que suit une centaine d'élèves gabonais. La tranche d'âge est particulièrement vaste, puisqu'elle va de petits de 3 ans jusqu'à des élèves de 22 ans en classe de 4ème...

"Cela ne doit pas vous étonner, a précisé à l'AFP Aquilino Nguema Ona Nchama, créateur et directeur du collège, car selon nos enquêtes sur le terrain il y a quatre ans, 2.500 enfants sur les 30.000 immigrés équato-guinéens vivant dans la région de Libreville, n'avaient jamais connu l'école et étaient donc totalement illettrés". "En 95-96, nous avions des jeunes de 18 ans qui ne savaient ni lire ni écrire, et nous avions un retard terrible sur l'enseignement gabonais où au pire, le plus âgé a 17 ans en 4ème, et où l'âge moyen au bac est de 18-22 ans", a-t-il ajouté. "Ce sont ces jeunes de 18 ans qui ont maintenant 22 ans en 4ème et qui sont plus qu'alphabétisés", a-t-il expliqué. "On les a sélectionnés par tranches d'âges, avec une formation accélérée qui permettait aux meilleurs d'accomplir jusqu'à trois classes en un an. Maintenant, nous n'avons plus de gosses de 18 ans en 6ème où l'âge moyen est repassé à 10-15 ans", a-t-il indiqué. Ces performances, "désormais supérieures à la moyenne des établissements gabonais", sont dûes, selon M. Nguema, à la "motivation générale des différents partenaires". Les dix-huit professeurs, "jamais en grève", ne perçoivent au maximum que 100.000 fcfa (1.000 ff) pour près d'une trentaine d'heures de cours mais "ils sont régulièrement payés".

De plus, leurs classes ne sont que de 35 à 45 élèves contre 70 à 80 dans les autres écoles. Le directeur du collège, licencié es-lettres de l'Université de Yaoundé et ancien enseignant d'une école privée gabonaise, a indiqué avoir lui-même connu "le cas exceptionnel d'une classe de 268 élèves". Les parents d'élèves, issus de cette forte (65.000 membres sur 1 million de Gabonais) mais pauvre minorité étrangère, savent que cette école où ils ne payent que 5.000 fcfa (50 ff) de scolarité mensuelle constituent "la dernière chance" pour leurs enfants. Une bonne partie sont des ménagères, souvent célibataires, qui ne gagnent que 40.000 à 50.000 fcfa, tandis que les pères sont manoeuvres ou chômeurs. La très grande majorité des jeunes préfère également la chaleur, la protection et même la stricte discipline du Collège aux petits métiers aléatoires de la rue, pour les plus grands, où à des heures d'inaction forcée avec leur mère ménagère, pour les plus petits.

"Mon objectif est double: éducation, donc récupération sociale", a fait remarqué M. Nguema, car "il faut en finir avec la caricature de l'Equato-Guinéen, pauvre, fainéant, ignorant, vivant d'expédients, sinon de petits trafics". "Je n'ai pas voulu attendre d'aides et je n'en reçois toujours pas, ce qui ne m'empêchera pas l'année prochaine d'ouvrir des classes de 3èmes pour complèter le 1er cycle du secondaire", a-t-il assuré. "Les autorités gabonaises ne nous aident pas encore mais nous encouragent", a-t-il souligné, en "espérant aussi un jour la visite de représentants culturels français et espagnols" pour apprécier son expérience.


Visite officielle de 24 heures au Gabon du président comorien par intérim

LIBREVILLE, 6 avr (AFP) - Le président comorien par intérim Tadjidine ben Saïd Massounde est arrivé mardi matin à Libreville pour une visite officielle de 24 heures au Gabon, a-t-on appris de source officielle. Le président comorien, qui venait de Paris et qui a été accueilli à son arrivée à l'aéroport par le Premier ministre Jean-François Ntoutoume Emane et le ministre des Affaires étrangères Jean Ping, a indiqué être venu "rencontrer son frère et ami", le président Omar Bongo, "doyen de l'Afrique". Le président comorien a ajouté qu'il allait notamment s'entretenir avec son hôte gabonais de "coopération bilatérale", de "la réconciliation qui s'opére aux Comores", ainsi que des problèmes africains, marqués notamment par les conflits d'Afrique centrale et australe.


Les albinos africains victimes des traditions et du soleil

LIBREVILLE, (31 mars 1999, AFP) - Les albinos africains, dont l'ennemi parfois mortel reste le soleil, sont par tradition protégés comme "porte-bonheur" bien que parfois sacrifiés pour leurs pouvoirs supposés. Théoriquement égal partout, le gène héréditaire et récessif de l'albinisme oculocutané humain (AOC), qui altère la tyrosinase et donc la fabrication de mélanine, est plus visible chez certaines ethnies, selon Rosalie Ngoua, présidente de l'association Alba regroupant 200 albinos de Libreville et leurs proches. Mais ce qui passionne Mme Ngoua, enseignante et chercheur en biologie animale au CENARES (Centre national de la recherche scientifique), c'est l'approche culturelle qui, selon les ethnies, influe de façon importante sur le sort fait aux albinos. Chez les Fang, dans le nord du Gabon, on trouve un albinos par village, sinon un par famille, au sens large du terme (50 enfants). "Chez les Bamilékés du Cameroun, ils sont encore plus nombreux et considérés comme une grande chance pour leurs familles", remarquait la scientifique lors d'un entretien avec l'AFP. En revanche, chez d'autres ethnies au Gabon, au Cameroun ou au Tchad, où ils sont plus rares, ils sont considérés soit comme des "faux-blancs" ou "maudits", soit comme des enfants de Mami-Wata -une déesse des eaux- et rendus à leur mère, c'est-à-dire jetés à l'eau, soit, enfin, comme des fantômes ou enfants des esprits de la forêt.

Dans ce dernier cas "ils sont déposés la première nuit (de leur vie) seuls dans la jungle", raconte Rosalie Ngoua qui a recueilli les informations et les expériences de plusieurs autres associations africaines d'albinos. "Evidemment ce genre de comportement extrême tend à disparaître en ville où vivent maintenant les trois quarts du milllion de Gabonais, mais les albinos continuent d'être des "gens d'ailleurs" pour leurs voisins", ajoute la scientifique qui, comme son mari, a un chromosome de gène d'albinisme et dont trois des six enfants sont albinos. "On les montre du doigt dès qu'ils sont tout petits, on les traite publiquement d'albinos, on cherche leur fréquentation pour la chance ou au contraire on les évite. Ils deviennent timides, introvertis et soit on les prend pour des imbéciles, soit on leur prête des dons mystiques", raconte-t-elle. Ces attitudes contrastées et sans logique perturbent aussi les jeunes filles albinos, tellement courtisées pour leurs "pouvoirs magiques" qu'elles prennent peur et qu'à la différence des filles normalement pigmentées, elles restent souvent vierges très tard. "Par contre, poursuit Mme Ngoua avec humour, nous sommes les seuls habitants du quartier que personne ne vole, pas même d'un fruit tombé de l'arbre".

Certains albinos, par goût ou craignant le chômage plus fréquent chez eux que dans la moyenne, s'orientent vers les pratiques occultes et deviennent des "ngangas" (guérisseurs) très respectés. D'autres, malgré leur mauvaise vue, font d'excellentes études et essayent de percer dans l'Administration ou le privé. Devenus des urbains ils sont soumis aux longues attentes qu'imposent les transports en commun, souvent en plein soleil. Or le soleil provoque des lésions cutanées qui peuvent dégénérer en cancer, lequel reste, de loin, la première cause de mortalité chez les albinos africains. Aussi leur espérance de vie -de 35 ans au lieu de 51 ans en moyenne en Afrique- apparaît meilleure dans les campagnes. "Les villageois sont aux champs avant l'aube et s'en retirent dès que le soleil commence à chauffer. Ils travaillent ensuite à l'ombre et ne retournent éventuellement aux champs qu'en fin d'après-midi", constatait Mme Ngoua. Dernier instantané de la condition particulière des albinos africains: ceux de la ville camerounaise de Buea ont été pris de panique apprenant que de vieux chefs coutumiers recherchaient leurs cheveux blancs pour procéder à des rites secrets en vue de calmer le volcan du mont Cameroun, actuellement en éruption.


Le "kong" de Tchimazock permet l'arrestation d'un père assassin de ses filles

LIBREVILLE, 26 mars (AFP) - Une féticheuse du nord du Gabon a réussi à démasquer l'assassin de deux jeunes filles, leur propre père, après avoir trouvé par divination le "kong", une boîte bourrée de "maléfices mortels", que celui-ci avait enterré dans le sol du village de Tchimazock, lieu du drame. L'enquête, menée par des tradipraticiens et suivie par la police, avait débuté au début du mois, après la découverte des corps de Noëlle et de Léonie dont la mort "reste encore inexpliquée", a indiqué vendredi à l'AFP une source policière à Bitam, capitale provinciale du nord. Selon le quotidien gouvernemental L'Union, qui relate vendredi l'affaire en première page, un premier "verdict" d'un guérisseur consulté par le père assassin avait désigné un autre coupable qui curieusement avait rapidement avoué les meurtres, commis pour 500.000 fcfa (5.000 ff).

Ses aveux n'avaient toutefois pas convaincu les villageois qui avaient convoqué cinq autres guérisseurs, dont la célèbre Catherine Aka'a. Celle ci a réussi, au cours d'une première séance, à trouver le coupable et à décrire le contenu du "kong": restes de crâne humain, viscères encore frais, calebasse avec du sang, oreilles d'homme, croc de panthère, squelette de chauve-souris et... un serpent vivant, le "chargé de mission"... Le coupable avait d'abord nié, poursuivant la féticheuse pour diffamation, mais celle-ci devina quelques jours après le lieu où était enterré le "kong" qui, exhumé et ouvert, révéla le contenu prédit. Les gens de Tchimazock ont alors rattrapé le suspect, réfugié dans un autre village chez sa seconde épouse. L'homme est passé aux aveux. Il a été enfermé en attendant sa présentation devant le procureur d'autant plus que 26 personnes précédemment "envoutées" par lui le recherchent également.


Le cas du Gabon, pays "intermédiaire", "à revoir", selon un envoyé de la BM

LIBREVILLE, 26 mars (AFP) - Le cas du Gabon, classé comme "pays à revenu intermédiaire" (PRI), mais en même temps lourdement endetté, "doit être revu attentivement", a estimé vendredi à Libreville l'administrateur de la Banque mondiale pour 24 pays africains, Bassary Touré. M. Touré a reconnu, à sa sortie d'une audience accordée par le président Omar Bongo, que le Gabon n'avait pas bénéficié de mesures d'allègement de sa dette extérieure, estimée fin 1997 à 1.900 milliards de FCFA (19 mds FF, 3,2 Mds USD), contrairement à beaucoup d'autres pays lourdement endettés. Il a expliqué à la presse que le statut PRI du Gabon dépendait de "critères d'appréciation qui ne sont pas toujours objectifs". "On prend les statistiques, on prend le PIB par habitant du Gabon (78ème rang mondial selon l'UNICEF, ndlr) et à partir d'un seuil, on fixe que le Gabon est un PRI", a-t-il dit.

"Il faut parfois aller au-delà des statistiques, il y en a d'ailleurs d'autres comme l'indice de développement humain (Gabon au 114ème rang, selon la même source) qui permet de faire d'autres interprétations", a-t-il dit. "Pour ma part, je suis convaincu que le Gabon est un pays en voie de développement même si on continue à le classifier PRI. Il faudrait qu'il bénéficie d'une forme d'allègement de sa dette et il faudrait aussi voir de facon significative comment régler en profondeur les problèmes du Gabon", a estimé M. Touré, au terme de sa "visite de travail" à Libreville.


Un bébé sur dix ne fête pas son premier anniversaire au Gabon

LIBREVILLE, 26 mars (AFP) - Un bébé gabonais sur dix meurt avant son premier anniversaire, "généralement dans sa première semaine de vie", victime possible de "prématurité, d'un faible poids de naissance, de diarrhée, de paludisme, d'infections respiratoires, de malnutrition, d'anémie ou de rougeole", selon un rapport de l'UNICEF publié vendredi. Le danger commence avant la conception, lié à l'état de santé de la future mère. "Une femme sur deux a subi au moins un avortement (une collègienne sur trois à Libreville)" dans des conditions souvent "très dangereuses", car l'avortement est illégal, décrit ce rapport de l'antenne locale de l'UNICEF parvenu au bureau de l'AFP à Libreville. Selon le document, certaines des jeunes filles ayant eu des rapports sexuels avant 18 ans se sont exposées aux maladies sexuellement transmissibles et au SIDA, souvent sans le savoir ou sans se soigner. Pendant la grossesse, beaucoup de femmes sont mal suivies et risquent "des hémorragies et des infections", ainsi que des fausses-couches. Elles se nourrissent mal, aussi 10% des nouveaux-nés sont d"'un poids inférieur à 2.500 grammes".

Après l'épreuve de l'accouchement, marquée par "les défaillances du système de santé", dans des maternités surchargées et un personnel souvent désengagé, le dangers demeure. "Moins de la moitié des mères allaitent leurs bébés exclusivement au sein, malgré les nombreux avantages dont la gratuité, la protection immunitaire et l'hygiène (...). L'usage d'eau souvent non potable pour faire les biberons, mal stérilisés par ailleurs, provoque souvent des diarrhées qui empêchent l'enfant d'assimiler la nourriture", poursuit le rapport. S'y ajoute "le sevrage souvent trop précoce ou mal suivi qui conduit à la malnutrition protéino-énergétique et aux carences en iode, vitamine A et fer". A propos de la vaccination, le rapport indique que "le taux d'enfants complètement vaccinés n'est actuellement que de 50% environ -46% en zone rurale, 56% en zone urbaine-, sauf pour la couverture du BCG seul qui avoisine les 100% ". Le "manque d'éducation" et "la pauvreté des parents" sont aussi soulignés par l'UNICEF qui dénonce "l'insalubrité de l'habitat avec des eaux stagnantes favorisant le paludisme, les diarrhées et les parasitoses, l'ignorance de gestes simples comme la réhydratation orale (du bébé) ou la trop longue attente avant de consulter quand l'enfant est malade". Cette situation se traduit par un lourd bilan, avec un taux de mortalité infantile de 99 pour mille (la moyenne mondiale est de 60 pour 1000 et la moyenne en Afrique sub-saharienne de 105 pour mille).

Ce taux atteint un taux de 154 pour mille pour les moins de cinq ans (Monde: 88, Afrique SS: 170), une mortalité maternelle de 600 pour 100.000 naissances vivantes (Monde: 430, Afrique SS: 980) et une espérance de vie de 53 ans (Monde: 63, Afrique SS: 51). Loin des moyennes mondiales, le Gabon qui compte seulement un million d'habitants, apparaît donc tout juste un peu mieux placé que ses voisins africains, malgré ses resssources pétrolières et sylvicoles. Situé au 78-ème rang mondial en termes de PIB par habitant -selon les chiffres de 1995- le Gabon se retrouve, paradoxalement, au 114-ème rang de développement humain, se qui lui donne "le triste privilège de présenter un des plus grands écarts négatifs, 36 places, entre son niveau économique et celui de développement humain", insiste le rapport. L'UNICEF rend toutefois hommage à l'Etat gabonais "qui consacre des sommes bien plus importantes à la santé et à l'éducation que ses voisins", soit "15% du budget d'investissement", mais note que "si les résultats ne sont pas à la hauteur des dépenses, c'est que le rapport coût-efficacité des secteurs sociaux est très faible".


Le Premier ministre réclame l'effacement de la dette gabonaise

LIBREVILLE, 25 mars (AFP)  - Le Premier ministre gabonais Jean-François Ntoutoume-Emane a salué les récentes propositions des présidents français et américain d'annuler une majeure partie des dettes africaines, mais estime "qu'on doit aller plus loin en procédant à l'effacement pur et simple de celle du Gabon". Rappelant que le "Gabon est resté le seul qualifié de Pays à revenu intermédiaire (PRI) dans la sous-région et n'a donc jamais profité de mesures d'allègement de sa dette", M. Ntoutoume Emane, dans une interview avec la presse étrangère à Libreville, dont l'AFP, a affirmé: "il faut qu'on nous sorte du ghetto de ce statut". "En 1960 au Gabon, il n'y avait rien (...). Nous avons dû nous endetter parce que, plus que d'autres, nous sommes soumis à la loi de l'accélération dans tous les domaines et on nous demande d'atteindre le développement en 30 ou 50 ans, alors que les pays occidentaux ont mis des siècles. Nous pensons donc qu'il est bon que la dette soit complètement effacée", a-t-il expliqué. Fin 1997, la dette extérieure du Gabon était évaluée à 1.900 milliards de F CFA (19 mds FF, 3,2 mds USD) et à la mi-mars MM. Chirac et Clinton ont proposé respectivement une annulation de plus de 80% de la dette des pays les plus pauvres et l'effacement de 70 milliards de dollars de dettes publiques des pays africains. Concernant les relations du Gabon avec ses bailleurs de fonds, dont l'Agence Française de développement (AFD) qui a suspendu en avril dernier ses décaissements pour cause de non-respect des engagements gabonais, le Premier ministre a précisé que "certains projets se poursuivent malgré cette décision".

"On attend maintenant les décisions du Fonds monétaire international (FMI), passage obligé pour tous les autres bailleurs. Le FMI peut dès maintenant constater qu'il y a une nouvelle gestion budgétaire au Gabon et la volonté de mettre fin aux dérapages et on y verra plus clair dans les prochains mois", a-t-il précisé. Le chef du gouvernement, nommé en janvier dernier par le président Omar Bongo, a estimé qu'il n'avait pas "bénéficié jusqu'à présent d'un quelconque état de grâce": "Nous sommes arrivés en pleine tempête sur le plan social et financier (grève de trois mois dans la fonction publique, chute des cours du pétrole et du bois, ndlr), mais nous avons travaillé d'arrache-pied pour obtenir au moins une accalmie", a-t-il ajouté. Interrogé sur la récente appréciation des cours mondiaux du pétrole et ses répercussions sur le Gabon, M. Ntoutoume-Emane, a estimé que "c'est une bonne chose que les cours retrouvent un niveau normal", rappelant qu'une baisse d'un dollar par baril "représente pour notre pays un manque à gagner de 50 milliards de F CFA (500 M FF)". "Le Gabon participe déja à cette réduction de production décidée par l'OPEP, mais c'est surtout eux, les grands producteurs, qui doivent prendre les décisions. Quand on est dans la cour, les enfants jouent et à un moment donné les grands prennent une décision", a-t-il dit évoquant la production "minime du pays par rapport à des productions de 100 millions de tonnes". Selon des estimations provisoires, le Gabon a produit 17,5 MT de brut en 1998.


Affaire Elf: rejet par les juges suisses d'un recours du président gabonais

LAUSANNE, 24 mars (AFP) - 19h19 - Le Tribunal fédéral suisse a rejeté un recours du président gabonais Omar Bongo et de son conseiller personnel qui s'opposaient à la saisie par la justice genevoise de la documentation relative à un compte ouvert à la Canadian Imperial Bank of Commerce de Genève et évoqué dans le cadre de l'affaire Elf, a-t-on appris mercredi de source judiciaire. Le juge genevois Paul Perraudin avait fait saisir le compte incriminé qui a, selon lui, servi à verser, le 3 juin 1991, 1,5 million de dollars sur un autre compte à la Banque de dépôts et de gestion à Lausanne, détenu par Alfred Sirven. Naguère domicilié à Genève, il fut de 1989 à 1993 conseiller du président directeur général du groupe pétrolier français Elf, Loïck Le Floch-Prigent. Parallèlement aux investigations qu'il mène pour le compte des autorités françaises dans le cadre de l'affaire Elf, le juge d'instruction Perraudin a ouvert sa propre enquête pour blanchiment d'argent et autres infractions. Soldé en 1994, le compte de la Canadian Imperial Bank avait été ouvert par la société panaméenne Davenport, dissoute en février 1993. Les documents d'ouverture ont été signés par l'époux de l'ambassadrice de la République du Gabon en Suisse. Ce dernier déclare avoir agi à titre fiduciaire pour la président Omar Bongo.

Défendu par l'avocat genevois Dominique Poncet, Omar Bongo a tenté en vain de s'opposer à la saisie ordonnée en mai 1998 par le juge Paul Perraudin. Le procureur-général Bernard Bertossa interrogé mercredi par la Tribune de Genève s'est dit satisfait que les juges fédéraux n'aient pas accordé une arme supplémentaire à des personnes qui abusent de sociétes-écrans pour camoufler leurs opérations financières". Dans son arrêt, le tribunal fédéral souligne que le titulaire du compte faisant l'objet de l'ordonnance de saisie est en fait la société panaméenne. Ni Omar Bongo, ni son conseiller n'ont par conséquent la qualité pour recourir. Le fait que le président gabonais bénéficie de l'immunité diplomatique ne permet pas non plus de s'opposer à cette mesure dès lors que la saisie ne porte pas sur des biens dont il a la maîtrise de fait ou de droit. La chambre d'accusation de Genève avait déclaré irrecevable en novembre dernier un premier recours déposé par Omar Bongo, qui s'opposait au blocage d'un compte bancaire dans le cadre de l'affaire Elf. La justice suisse avait alors estimé qu'Omar Bongo n'avait pas "qualité pour agir car il n'a pu fourni aucun document prouvant qu'il est titulaire du compte".


Libreville et sa côte menacées par l'érosion marine et humaine

LIBREVILLE, 24 mars (AFP) - 11h24 - Libreville, bâtie sur les rives sableuses de l'Estuaire du Gabon, face à l'Atlantique, voit son bord de mer insidieusement menacé par l'érosion marine aggravée par le mauvais entretien des ouvrages de protection et l'exploitation abusive et sauvage du sable de ses plages. Le phénomène est régulièrement décrit par les riverains et dénoncé par les médias qui constatent chaque année, sinon chaque saison, l'augmentation de l'impact des variations climatiques sur la vie quotidienne des 450.000 citadins de Libreville et de sa ville jumelle du port d'Owendo, soit la moitié du million de Gabonais. Le plus grand boulevard de la ville, celui de l'Indépendance, situé en bord de mer donne l'exemple. En face même du palais présidentiel, le jardin-promenade bordant côté mer le boulevard à quatre voies voit ses fondations trouées en dessous par le ressac quotidien des flots, tandis que par temps de tempête, les embruns giflent les premiers immeubles du front de mer, emportant un peu de sol et menaçant petit à petit les conduites souterraines.

"L'ouvrage (de protection) qui a durablement protégé cette partie de la côte (...) présente de nombreuses défectuosités. La dislocation des blocs est notamment dûe aux embruns et aux violentes réflexions de la houle sur le talus", décrivait récemment un administrateur des Affaires maritimes. Sur le Boulevard du Front de mer, juste au nord, "ce que nous désignons pompeusement par +perré en enrochements+ semble avoir cédé au point que la ligne de rivage se confond avec le trottoir", tandis que non loin, près d'un des plus grands hôtels de la capitale, "un cordon d'enrochements sur la plage faisant office de brise-lames voit ses blocs s'enfoncer progressivement dans le sable", poursuivait ce technicien dans un rapport public. Le constat est le même du port d'Owendo, au sud de Libreville, jusqu'au Cap Estérias qui termine, à 20 km de là au nord, la pointe rocheuse et sableuse sur laquelle est située Libreville, entre mer et marécages. Hors de la ville, ce n'est pas le manque d'entretien des ouvrages qui est en cause, car il n'y en a jamais eu, mais la création de carrières sauvages de graviers et de sable qui alimentent directement le secteur de la construction.

Un retraité du Cap Estérias voit maintenant "sa clôture autrefois à flanc de colline fleurter avec les vagues à marée haute" et dénonce en justice une des importantes sociétés de travaux publics du Gabon exploitant "aux engins lourds et camions le sable de la plage voisine". D'autres riverains constatent "le creusement des anses et l'envasement des plages, mais les plaintes n'aboutissent pas car la construction paye mieux que la protection de la nature", confiait à l'AFP un restaurateur. Les attaques conjuguées de la nature et de l'homme jouent également sur les quartiers bâtis en retrait du bord de mer, la plupart d'entre eux, souvent les plus populaires étant construits sur des creux. "Un phénomène de vase communiquant se produit et empêche l'évacuation des trombes d'eau qui tombent régulièrement sur la ville, inondant de ce fait ces quartiers", indiquait de son côté un responsable de la voirie municipale. "On peut évidemment essayer de réparer les ouvrages de protection maritimes en ville, mais les autorités municipales ont déjà du mal à faire ramasser régulièrement les ordures, ce qui est plus grave pour la santé publique", commentait-il. "Quant aux carrières, on peut les interdire, mais gêner le bâtiment pèsera sur l'emploi alors que le chômage augmente, c'est un choix politique", concluait-il.